Source : Le Moniteur

27 mars 2026 à 12:01

Le syndicat patronal a réuni lors d’une table ronde, en présence d’Elisabeth Borne, les représentants des organismes partenaires de la santé et de la prévention – OPPBTP et Pro BTP-, afin de présenter les différents leviers pour accompagner la féminisation du secteur dont un, incontournable : la santé au travail.

Comment accélérer la mixité dans les métiers du bâtiment et les TPE en particulier sachant que le secteur compte 13 % de femmes parmi les chefs d’entreprises et salariés ? Comment féminiser ces métiers encore largement occupés par les hommes à l’image de leurs instances représentatives ?

En tant que syndicat patronal de l’artisanat du bâtiment, la Capeb a organisé vendredi 13 mars une journée autour des différentes actions menées pour « Bâtir la mixité ». Cet événement régional à portée nationale s’est tenu à Rennes en présence d’Élisabeth Borne, ancienne Première ministre et députée du Calvados.

« La femme est l’avenir de nos métiers, déclarait Jean-Christophe Repon, président de la Capeb, en introduction des débats qui ont clôturé cette journée bretonne. La mixité passe par une meilleure prise en compte de la santé et de la prévention des femmes cheffes d’entreprise, salariées et conjointes collaboratrices. »

Comme l’enjoignait Elisabeth Borne lors de ce débat, « alors que le déterminisme de genre très fort perdure, la branche doit se fixer des objectifs car la féminisation est une avancée pour tous les acteurs du secteur. » En effet, les bénéfices de la mixité sont tangibles et observés sur le terrain : les employeurs constatent dans les équipes mixtes une plus grande attention portée aux conditions de travail, des comportements plus soignés et une attitude plus bienveillante et protectrice entre collègues.

Des études et un observatoire

Afin de mieux cerner les problématiques des conditions de travail et la santé des femmes dans les métiers du BTP, plusieurs études ont été menées par l’Iris-ST en partenariat avec l’OPPBTP et la Capeb. Les résultats montrent les facteurs persistants qui freinent encore leur arrivée sur les chantiers.

Parmi les points saillants, trois se détachent : le sentiment de manque de légitimité des femmes, 69 % déclarant devoir justifier leurs compétences à l’intérieur et à l’extérieur de l’entreprise ; les problématiques d’adaptation des EPI, 21 % signalant une offre limitée en tailles/coupes en matière de vêtements de travail ; la nécessité d’adaptation de la période de la maternité, 22 % ayant écourté leur congé maternité.

La prévention et les changements de paradigme prennent donc toute leur place dans un secteur occupé principalement par des TPE d’un effectif moyen de 3,9 salariés. « 15 % des salariés arrivent à la retraite en invalidité, rappelait Elisabeth Borne. La santé des salariés et des chefs d’entreprise conditionne aussi la performance de l’entreprise. D’où l’importance de la prévention au sein d’une des branches professionnelles les mieux outillées pour cela. L’épisode du Covid l’a démontré, le secteur a pu définir des règles de travail et de sécurité dans une période des plus difficiles. »

Donner plus de voix aux femmes

Le président de l’OPPBTP, Yann Danion, soulignait aussi les paradoxes marquants des études : « 62 % des femmes du secteur se disent attentives à leur santé, néanmoins, 43 % travaillent le week-end et 47 % présentent des TMS. »

Ces résultats éloquents alimentent l’observatoire de l’organisme de protection sociale Pro BTP, représenté par son directeur général Hervé Naerhuysen. « Les complémentaires santé accompagnent le système de santé publique dans un contexte de déficit de l’Assurance maladie. Aujourd’hui, la relation des personnes à la santé se fait de plus en plus hors du système de santé publique. Cet observatoire collecte du savoir médical certifié dans une approche genrée de santé globale. Un homme et une femme, ce sont deux approches de santé différentes et des problématiques spécifiques. »

Un point de vue partagé par Marie-Pierre Marie. Couvreuse près de Rennes, cette professionnelle a souligné que les questions concernant les femmes étaient généralement (mal) formulées par… des hommes. Le fameux male gaze. « Féminiser la profession, adapter les EPI et les conditions de travail, c’est poser les bonnes questions et donner plus de voix aux femmes. »