Source : Le Bâtiment Artisanal
16 mars 2026 à 12:01
Longtemps bastion masculin, les métiers du bâtiment s’ouvrent peu à peu aux femmes. Apprenties déterminées, chefs d’entreprise qui révisent leurs certitudes, responsables publics mobilisés : la mixité progresse, lentement mais sûrement. Reste un défi majeur : adapter les métiers et les conditions de travail, notamment en matière de santé des femmes. Illustration avec un temps fort organisé par la Capeb en Ille-et-Vilaine le 13 mars : la visite d’un atelier de menuiserie .
La Journée internationale des droits des femmes, la Capeb l’a célébrée sur le terrain. Le 13 mars, en Ille-et-Vilaine, chefs et cheffes d’entreprise artisanale, apprenties, acteurs de la prévention et de la protection sociale se sont retrouvés pour deux temps d’échanges consacrés à la santé des femmes et à la mixité dans les métiers du bâtiment.
La rencontre s’est tenue en présence de Élisabeth Borne, ancienne Première ministre et députée du Calvados, venue dialoguer avec les professionnels du secteur. À l’initiative de la Capeb nationale et de Virginie Chevallier, présidente de la Capeb Ille-et-Vilaine et conseillère de la Commission nationale des femmes de l’artisanat, l’événement a rassemblé de nombreux acteurs engagés pour l’évolution des métiers du bâtiment.
Parmi eux figuraient Hervé Naerhuysen, directeur général du groupe de protection sociale Pro BTP et directeur de son Observatoire Santé, Delphine Lichte, responsable de la recherche, de l’innovation et de la prévention santé du groupe, ainsi que Paul Duphil, secrétaire général de l’OPPBTP. Yann Danion, président de l’OPPBTP et président des Métiers de la Plâtrerie et Isolation de la Capeb, participait également aux échanges.
Plusieurs responsables engagés pour la place des femmes dans l’artisanat du bâtiment étaient également présents entre autres : Corine Postel, première vice-présidente de la Capeb nationale et présidente de BTP Prévoyance, Véronique David, présidente de la Commission nationale des femmes de l’artisanat (CNFA), Christophe Bellanger, vice-président de la Capeb chargé de la mixité des métiers et des instances et Nathalie Bergere, administratrice et conseillère de la CNFA.
Immersion dans une entreprise qui change de regard
Premier arrêt à Noyal-sur-Vilaine. Dans l’atelier de la menuiserie Saint-Joseph, la mixité prend forme entre établis et machines. Pour Christophe Dubreuil, cofondateur de l’entreprise avec François Drucy en 2017, le regard a évolué.
À l’origine, l’équipe est exclusivement masculine. « J’étais persuadé qu’il ne fallait pas de femmes dans l’entreprise, que cela allait perturber le comportement des hommes. Et puis les planches sont lourdes… », reconnaît-il aujourd’hui. L’arrivée de stagiaires a changé la donne. « Leur profil et la qualité de leur travail nous ont fait évoluer. Aujourd’hui, nous sommes ouverts. »
Certaines tâches exigent encore des aménagements, notamment pour le port de charges. Mais pour les dirigeants, l’essentiel reste les compétences et la motivation. La mixité conduit aussi à repenser l’organisation, l’ergonomie des postes ou la formation. Elle apporte surtout une nouvelle dynamique : davantage de dialogue, une attention accrue aux conditions de travail et une approche plus collective des chantiers.
Des vocations qui s’affirment sur le terrain
Autour des établis, les apprenties racontent leur parcours. Dans ces métiers encore très masculins, chacune a dû trouver sa place. Agathe, 26 ans, passionnée de bois massif, évoque une expérience positive. « Être une femme n’a jamais été un frein. Dans mon entreprise, ils ont même installé un bungalow pour que je puisse me changer. Mon genre n’a jamais été une question. »
Pour Louane, 18 ans, apprentie en CAP peinture, le chemin a été plus difficile.
« On m’a dit que j’étais trop frêle. Mais ce sont surtout les mentalités et les préjugés qui freinent les filles. » Rozenn Padiou, en certificat de spécialisation zinc, confirme :
« J’étais souvent la seule femme. On vous remarque forcément davantage. Mais j’aime ce métier : on travaille la matière et on est en hauteur. »
Casser les stéréotypes
Au cœur de l’atelier, Élisabeth Borne a salué ces parcours.
« Il faut casser les stéréotypes. Tous les métiers du bâtiment peuvent intéresser les jeunes filles. On vit mieux dans un monde où il y a de la mixité. »
Pour les chefs d’entreprise, le constat est clair : à l’heure où le secteur peine à recruter, ignorer ces vocations n’est plus possible. L’ouverture des métiers aux femmes constitue à la fois une réponse à la pénurie de main-d’œuvre et une occasion de renouveler les pratiques.
Jean-Christophe Repon résume l’enjeu : « La mixité est essentielle pour l’avenir de nos entreprises artisanales. En agissant sur la santé et les conditions de travail, nous voulons montrer aux femmes qu’elles ont toute leur place dans nos métiers. »
Nous reviendrons plus amplement sur cette journée du 13 mars et les autres temps forts dans notre prochaine édition du Bâtiment Artisanal.
Dominique Parravano